La chronique littéraire de Victor Bérenguier, du mois d'avril 2009 du Petit Dignois, est consacrée au livre.


LE REFUS DE SE SOUMETTRE

Gilbert Gaubert

Né le 19 mars 1940 - date qui reste gravée pour une tout autre raison dans notre Histoire de France, l'auteur, Gilbert Gaubert a vu le jour aux Mées, village des Alpes de Haute Provence, blotti au pied des célèbres rochers dénommés "Les Pénitents des Mées".

Dans "Le Refus de se Soumettre", Gilbert Gaubert, à la manière de sœur Emmanuelle, se met à nu, non pas pour nous faire une confession dans le style de celle qui a vécu avec les chiffonniers des bidonvilles du Caire, mais tout simplement pour dénoncer les turpitudes dont il a été le témoin, relater le combat incessant d'un prolétaire qui a su toujours garder la tête haute et défendre la cause de ses camarades face à un patronat qui malgré toutes ses tentatives n'a pas réussi à le déstabiliser, voire à le détruire, tant sur le plan moral que physique, à force d'un harcèlement quasi quotidien au sein des entreprises dans lesquelles il assumait ses responsabilités syndicales. S'il a pu échapper au pire, le suicide, c'est grâce à un médecin - pour lequel il garde une profonde reconnaissance -, qui lui a permis de remonter la pente alors qu'en pleine dépression, il était au fond de l'abîme.

La préface de l'ouvrage est signée: Bernard Thibault. Ce n'est pas étonnant, étant donnés les faits rapportés qui témoignent de l'engagement de l'auteur dans la lutte incessante qu'il a menée pour défendre la juste cause de la classe ouvrière.

Gilbert Gaubert commence par nous relater les premiers souvenirs qui l'ont marqué, ceux de cette journée du 19 août 1944 où, à Malijai, les maquisards essuyaient les tirs de mortier des allemands. Premier drame dont il fut le témoin, prélude aux douloureux événements qui vont le marquer d'une manière indélébile comme celui dont il sera victime à l'âge de huit ans et qui le fera s'enfoncer "dans un abîme de honte, enferré dans le mutisme le plus total, incapable de réagir"…car "la foule au cœur mauvais s'empara de la rumeur. Tout d'abord un murmure, elle s'en délecta". Une manière à la fois pudique et courageuse de se mettre à nu devant le lecteur et de dénoncer, dès le départ, ce côté pervers, malsain de certains êtres, comme il sera amené à en rencontrer tout au long de sa vie active et qui souvent le plongeront dans une souffrance inexprimable lui faisant perdre ses repères.

Fort heureusement, il saura toujours, d'instinct, s'entourer de gens extraordinaires - parmi lesquels sa chère compagne Henriette - qui lui permettront de mener son combat pour la reconnaissance de la dignité humaine et le respect du droit du travail sur les chantiers, que ce soit en France où à l'étranger, - Norvège, Maroc, Syrie, Arabie Saoudite - où il a travaillé et où il nous transporte dans sa narration, nous faisant découvrir d'autres mœurs et modes de vie.

D'un courage à toute épreuve, Gilbert Gaubert, lui, le petit ouvrier, n'hésitera pas pour obtenir justice, face à la société SN Camon, filiale du puissant groupe Bouygues, numéro un mondial du BTP, à faire la grève de la faim afin d'obtenir gain de cause devant les tribunaux après plus de deux ans de procédure. Comment mieux exprimer le refus de se soumettre?

Cette fresque d'une vie de travailleur comporte des plages de lumière où l'on découvre un homme qui aime la vie et ne se prive pas de la croquer à pleines dents, chaque fois qu'il en a l'occasion. Des passages émouvants retiennent notre attention, notamment lorsqu'on découvre la fierté d'un père qui n'avait pas pu faire des études et dont le fils est titulaire d'un DESS Administration territoriale, mention Bien.

Ecrit dans un style alerte, sans fioritures, avec un sens aigu de l'observation, ce livre, rédigé sur le ton de la diatribe avec des piques relevant du factum, a une portée qui dépasse la simple dimension de l'autobiographie. Dans cet ouvrage, Gilbert Gaubert, à l'instar d'un Zola dont, avec l'humilité qui sied aux grandes âmes, il dit ne pas posséder la prose, c'est, "par delà les décennies", un "j'accuse" qu'il nous offre pour retracer le combat qu'il n'a cessé de mener tout au long de sa vie, afin de faire respecter le droit du travail.

Victor Bérenguier
Volonne le 29 mars 2009.

Avec l'aimable autorisation de son auteur.